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Hommage à Missak Manouchian par Jean-Michel Ruiz

Missak Manouchian 25 février 2017, Arnouville

Intervention de Jean-Michel Ruiz

 

Monsieur l’Attaché de l’Ambassade d’Arménie, Monsieur le Député-Maire de Sarcelles, Monsieur le Conseiller régional, Madame et Monsieur les Conseillers départementaux, Monsieur le Maire d’Arnouville, Monsieur le Maire de Fosses, Mesdames et Messieurs les élus des différentes villes, Mesdames, Messieurs, Chers amis,

En 2015, à Marseille, deux sinistres énergumènes, membres d’un groupuscule d’extrême droite, avaient profané la Stèle en mémoire de Missak Manouchian et de son groupe.

Il s’agissait selon eux d’une «action pour le devoir et contre les terroristes rouges»  d’une action contre «un terroriste communiste, tueur de Français».

Le lundi 13 février 2017, de nouvelles inscriptions hostiles ont été découvertes sur cet espace de mémoire qui surplombe la citée phocéenne.

Je m’associe pleinement aux multiples condamnations associatives, syndicales et politiques de ces actes odieux !

Cette immense expression de haine est une blessure, une insulte faite à la communauté arménienne, aux descendants des FTP-MOI, aux communistes, aux résistants et à toutes celles et ceux qui défendaient jadis, et qui se battent encore aujourd’hui, pour l’émancipation humaine.

Comment ne pas rapprocher ce geste terroriste à Marseille des agressions perpétrées par les groupuscules d’extrême droite contre des locaux du PCF ?

Je suis d’ailleurs heureux que l’un d’eux, membre du groupuscule néo-nazi qui avait assassiné Clément Méric, ait été condamné l’année dernière car il avait voulu lancer un cocktail Molotov sur la Fédération de notre Parti en 2014.

Nous ne lâcherons pas dans notre combat contre ces briseurs de liberté !

Le groupe Manouchian n’avait réclamé, selon l’écriture magique d’Aragon, «ni la gloire, ni les larmes, ni la prière aux agonisants».

Pour autant, il serait indigne de livrer la mémoire de leur engagement à l’indifférence ou à l’oubli !

Rappelons-nous qui était Missak Manouchian. « J’ai grandi nu sous le fouet de la gêne et de l’insulte… » C’est par ces mots que Missak évoquait ses premières années. Né en 1906, à Adyaman (Arménie), il est marqué, enfant, par le souvenir des massacres anti-arméniens de 1894-1896, qui firent 200 000 morts.

En 1915, il a 9 ans quand sa famille est décimée lors du génocide perpétré par les armées turques qui causent la disparition de 1,5 millions d’Arméniens sur une population évaluée à 2,3 millions.

Après quelques années passées dans un orphelinat en Syrie avec son frère, il rejoint la France, en 1925, où se trouvent déjà nombre de ses compatriotes. Dans ses maigres bagages, il y a des cahiers qu’il avait rempli de poésies. D’abord tourneur aux usines Citröen à Paris, il crée par la suite deux revues littéraires, Tchank (l’Effort) puis Machagouyt (Culture). Dans le climat de mobilisation antifasciste qui suit l’accession d’Hitler au pouvoir, il adhère au PCF en 1934. Membre du groupe communiste arménien rattaché à la MOI, il devient responsable de son journal Zangou. En 1938-1939, il est secrétaire de l’Union populaire arménienne regroupant des Arméniens de gauche.

Durant sa période passée en France, il venait ici, à l'emplacement de cette stèle, où se trouvait un café doublé d'un salon de coiffure pour hommes, pour rencontrer ses amis Arméniens.

Son engagement est total et il le lie à ses qualités de poètes en rendant un hommage peu connu au journal L’Humanité qui se conclue par ces vers : « Il semble parfois que tu vas t'éteindre, cependant chaque jour Des volontés d'acier t'attisent, te tiennent debout Et toi haletant, comme un apôtre aux jours de combat Tu montres le chemin de la lumière pour la grande victoire de l'Humanité ».

 

 

C’est donc tout naturellement qu’il rejoint la MOI.

La MOI visait à organiser, en surmontant les barrières de la langue, les travailleurs migrants au sein d’un même mouvement syndical et politique, travailleurs migrants qui avaient à conquérir une même reconnaissance, de mêmes droits sociaux que toute la classe ouvrière. Ce qui fut fait lors du gouvernement du Front populaire!

Engagés au sein du Parti Communiste Français, les MOI ont organisé l’un des principaux réseaux de soutien aux républicains espagnols.

Et l’Histoire retiendra que ces militants aguerris ont dû entrer en clandestinité lorsque la dissolution du Parti Communiste Français fut prononcée par le gouvernement Daladier.
C’est cela aussi votre honneur: avoir combattu le fascisme PARTOUT où il était.

Ce qui rend particulièrement insupportable cette mémoire parmi les militants d’extrême droite, c’est son origine étrangère. Pour prendre racine, de tout temps et en tout lieu, l’extrême droite a cherché à fédérer tous les mécontentements au sein d’un récit national dévoyé, stigmatisant un ennemi commun venant d’autres horizons, désignant à la vindicte un bouc-émissaire, une fraction de l’humanité qu’elle accable de tous les maux.

Arméniens, juifs, espagnols, polonais, italiens, roumains, maghrébins, africains, asiatiques et d’autres encore. Chacun a été l’objet de ces attaques.

Mais par la portée de ses engagements et par son existence même, le groupe Manouchian anéantit ce discours de l’extrême droite.

Ils étaient Français de préférence, natifs de diverses contrées. Ils se sont accaparés le combat pour un idéal de liberté, participant au péril de leur vie à la libération de la France.

La Gestapo a longtemps été le symbole de la répression menée contre la Résistance.

Or les forces allemandes ont travaillé de concert avec la police française. Ainsi, à partir de l'automne 1942, la Brigade spéciale n˚2 des renseignements généraux organise de vastes filatures car les rangs des FTP-MOI sont très difficiles à infiltrer. Les résistants sont repérés, filés, arrêtés, torturés afin d'établir les liens entre eux et de reconstituer les structures. Une importante filature aboutit ainsi, à la mi-novembre, à l'arrestation de la plupart des militants (68 arrestations) dont Manouchian et son supérieur hiérarchique, Joseph Epstein, responsable FTPF pour l'Ile-de-France arrêtés à Evry-Petit-Bourg le 16 novembre 1943.

Je tenais à préciser que le danger est grand quand la Police perd ses repères Républicains, quand des idées racistes, d’extrême-droite gangrènent une partie de ses rangs, comme l’ont montré malheureusement des événements récents.

 

Entre le 10 et le 15 février 1944, l'Affiche rouge est largement placardée sur les murs des villes et des villages français. Sur fond rouge sang, se détachent en médaillon les visages des résistants du groupe Manouchian. Sous les portraits, un grand titre : " La libération par l'armée du crime ! ".

Réalisée par les autorités d'occupation, cette affiche vise à discréditer la Résistance, assimilant ses acteurs à des assassins.

La presse collaborationniste poursuit les mêmes visées de dénigrement au travers d'une vaste campagne.

L'objectif de la propagande nazie n'est pas atteint. Au contraire. Elle se retourne contre ses auteurs.

À partir de ce moment-là, les Français de plus en plus favorables à la Résistance, sont majoritairement acquis à la cause des FTP-MOI.

Aujourd'hui encore, l'Affiche rouge est présente dans l'esprit de beaucoup.

Les résistants qui y figurent, sont inscrits dans notre mémoire collective. " Ces étrangers d'ici, qui choisirent le feu, Leurs portraits, sur les murs, sont vivants pour toujours Un soleil de mémoire éclaire leur beauté " comme l’écrivait Paul Éluard.

 

Le 21 février 1944, vingt-deux des vingt-trois membres arrêtés des FTP-MOI de la région parisienne sont fusillés au Mont-Valérien.

 

Olga Bancic, seule femme, est transférée en Allemagne : elle est décapitée à Stuttgart le 10 mai 1944, le jour de ses 32 ans. Missak Manouchian et Celestino Alfonso refusent d’avoir les yeux bandés.

Je ne pouvais pas intervenir ici, parler de Manouchian, sans condamner le refus de la Turquie de reconnaitre le génocide Arménien. C’est un pur scandale !

Comme le souligne l’historien Vincent Duclert « Le génocide arménien est à la Première Guerre mondiale ce que la solution finale nazie est à la seconde ».

Le PCF, fidèle à son engagement et à ses valeurs, à celles que porta toute sa vie Missak Manouchian, continuera à œuvrer pour que la vérité et la justice soient rendues au peuple arménien car il s’agit de faire prévaloir le droit et la démocratie sur le négationnisme.

La France n’est malheureusement pas un cas particulier en ce qui concerne la peur et le rejet de l’étranger. Cela doit retenir notre plus grande attention. Cette peur se répand en Europe, elle se répand partout dans le monde.

 

Comment ne pas s’alarmer quand Donald Trump se fait le promoteur de cette rhétorique immuable de l’extrême droite lorsqu’il attise la peur du «chicanos».

Ainsi, la seule bonne réponse à la précarité de millions d’américains ne serait pas à chercher dans un meilleur partage des richesses et le développement d’un système efficace de protection sociale.
Selon Trump, elle serait à chercher dans la construction d’un mur de plusieurs dizaines de kilomètres, dans un décret interdisant la venue sur le sol américain des ressortissants de quelques nationalités.

 

En Autriche, en Grèce, en Angleterre, en Italie, en Allemagne, les partis d’extrême droite, sont à des niveaux préoccupants.
Aux Pays-Bas, le parti de Geert Wilders, lui aussi d’extrême droite, qui caracole en tête des intentions de vote aux législatives de mars prochain, pourrait gouverner le pays.

Heureusement, face à cela, 150000 Barcelonais ont défilé il y a quelques jours pour que les migrants soient acueillis en Espagne dans de bonnes conditions.

Cédric Herrou, agriculteur jugé pour avoir aidé des migrants à entrer en France, voit une réelle mobilisation populaire le soutenir. « Mon inaction me rendrait coupable » a-t-il répondu au juge.

Personne ne peut savoir de quoi l’avenir sera fait et rien n’est jamais gravé dans le marbre! L’État de droit et la démocratie ne font pas exception.

Nul ne l’ignore, nous voterons dans les prochains mois.
J’ai l’intime conviction que le peuple de France saura ne pas se tromper de colère, ne cédera pas aux sirènes de haine, aux appels à la stigmatisation et à la volonté de fragmenter ce qui ne forme qu’une seule entité, la France.

Nous aurons à l’esprit, je l’espère, ces deux vers de Paul Eluard, rendant hommage au groupe Manouchian :

«La liberté d’un peuple oriente tous les peuples
un innocent aux fers enchaîne tous les Hommes»

Conservons ensemble l’espoir en une société de justice, de respect, d’égalité et de Fraternité!

Merci de votre attention

 

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