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Hommage à Manouchian : " La justice viendra sur nos pas triomphants "

Missak Manouchian 20 février 2016

Intervention de Jean-Michel Ruiz

 

 

Mesdames, Messieurs, Chers amis,

 

C’est avec beaucoup d’émotion que je prends la parole aujourd’hui pour rendre hommage à Missak Manouchian et à ses camarades de l’affiche rouge.

 

Je tiens à remercier pour leur présence Krikor Djirdjrian, représentant l’ambassade d’Arménie, Cergya Mahendran, Conseillère départementale, Pascal Doll, Maire d’Arnouville, Pierre Barros, Maire de Fosses et président de l’ADECR et de nombreux élus des villes avoisinantes. Merci aussi aux porte-drapeaux de plus en plus nombreux et je me réjouis de vois un nombre toujours croissant de gerbes ce qui prouve que nous n’oublions pas.

 

Qui était Missak Manouchian ?

 

« J’ai grandi nu sous le fouet de la gêne et de l’insulte… » C’est par ces mots que Missak Manouchian évoquait ses premières années. Né en 1906, à Adyaman (Arménie), il est marqué, enfant, par le souvenir des massacres anti-arméniens de 1894-1896, qui firent 200 000 morts. En 1915, il a 9 ans quand sa famille est décimée lors du génocide perpétré par les armées turques qui causent la disparition de 1,5 millions d’Arméniens sur une population évaluée à 2,3 millions. Après quelques années passées dans un orphelinat en Syrie avec son frère, il rejoint la France, en 1925, où se trouvent déjà nombre de ses compatriotes. Dans ses maigres bagages, il y a des cahiers qu’il avait rempli de poésies. D’abord tourneur aux usines Citröen à Paris, il crée par la suite deux revues littéraires, Tchank (l’Effort) puis Machagouyt (Culture). Dans le climat de mobilisation antifasciste qui suit l’accession d’Hitler au pouvoir, il adhère au PCF en 1934. Membre du groupe communiste arménien rattaché à la MOI, il devient responsable de son journal Zangou. En 1938-1939, il est secrétaire de l’Union populaire arménienne regroupant des Arméniens de gauche.

Durant sa période passée en France, il venait ici, à l'emplacement de cette stèle, où se trouvait un café doublé d'un salon de coiffure pour hommes, pour rencontrer ses amis Arméniens.

 

Mais qu’est-ce que la MOI ?

 

En 1924, le syndicat CGTU met en place une section Main-d'œuvre Immigrée (MOI), reprise plus tard par le Parti communiste français, pour favoriser l'intégration des étrangers dans leur pays d'accueil. Un service d'entraide, des structures associatives, sportives et culturelles, sont créées et donnent naissance à de fortes solidarités. Ces groupes devinrent vite des pépinières de résistants. Face à l'occupant, la MOI va en effet développer les actions les plus diverses. Ses combattants sont organisés par groupe de langues : on distingue les sections roumaine, bulgare, arménienne et une section juive. Les FTP (Francs-Tireurs et Partisans)-MOI regroupent ceux qui mènent la lutte armée. La MOI diffuse tracts et journaux. Il existe plusieurs groupes dans différentes régions de France : Grenoble, Lyon-Villeurbanne, Marseille, Toulouse.

En août 1943, les FTP-MOI de la région parisienne sont 65, ils sont pratiquement seuls à mener la lutte armée dans la capitale, après de nombreuses arrestations dans les rangs de la Résistance. Ils réalisent une opération armée pratiquement tous les deux jours : attentats, sabotages, déraillements de trains, poses de bombes.

En 1943, Missak Manouchian devient le chef militaire du groupe parisien des FTP-MOI qui réalise, sous son autorité, des actions particulièrement courageuses. Au cours de l'été 1943, le groupe accomplit ses actions les plus dures et les plus spectaculaires et le 28 septembre 1943 le groupe abat le général S.S Julius Ritter, responsable du STO (Service du Travail Obligatoire) en France.

La Gestapo a longtemps été le symbole de la répression menée contre la Résistance.

Or les forces allemandes ont travaillé de concert avec la police française. Ainsi, à partir de l'automne 1942, la Brigade spéciale n˚2 des renseignements généraux organise de vastes filatures car les rangs des FTP-MOI sont très difficiles à infiltrer. Les résistants sont repérés, filés, arrêtés, torturés afin d'établir les liens entre eux et de reconstituer les structures. Une importante filature aboutit ainsi, à la mi-novembre, à l'arrestation de la plupart des militants (68 arrestations) dont Manouchian et son supérieur hiérarchique, Joseph Epstein, responsable FTPF pour l'Ile-de-France arrêtés à Evry-Petit-Bourg le 16 novembre 1943.

Etant élu de Mériel, je voulais souligner que le nom de ma ville était donné à Joseph Epstein par la police Française avant qu’ils ne sachent qui il était vraiment. En effet, la première fois qu’il fût repéré en présence de Missak Manouchian ce fût à la gare de Mériel.

Le 15 février 1944, un procès à grand spectacle, véritable outil de propagande contre la Résistance, est organisé devant la cour martiale du tribunal allemand. Trente journaux français et étrangers sont conviés ainsi qu'une équipe cinématographique. Misant sur la xénophobie, l'antisémitisme et l'anticommunisme supposé de l'opinion française, le président de la Cour déclare : " il faut faire savoir à l'opinion française à quel point leur patrie est en danger ".

La condamnation à mort, décidée d'avance, est prononcée.

 

Entre le 10 et le 15 février 1944, l'Affiche rouge est largement placardée sur les murs des villes et des villages français. Sur fond rouge sang, se détachent en médaillon les visages des résistants du groupe Manouchian. Sous les portraits, un grand titre : " La libération par l'armée du crime ! ".

Réalisée par les autorités d'occupation, cette affiche vise à discréditer la Résistance, assimilant ses acteurs à des assassins. La presse collaborationniste poursuit les mêmes visées de dénigrement au travers d'une vaste campagne. L'objectif de la propagande nazie n'est pas atteint. Au contraire. Elle se retourne contre ses auteurs.

À partir de ce moment-là, les Français de plus en plus favorables à la Résistance, sont majoritairement acquis à la cause des FTP-MOI. Aujourd'hui encore, l'Affiche rouge est présente dans l'esprit de beaucoup. Les résistants qui y figurent, sont inscrits dans notre mémoire collective. " Ces étrangers d'ici, qui choisirent le feu, Leurs portraits, sur les murs, sont vivants pour toujours Un soleil de mémoire éclaire leur beauté " (Paul Éluard, extrait de " Légion ", un poème écrit en hommage aux FTP-MOI).

Le 21 février 1944, vingt-deux des vingt-trois membres arrêtés des FTP-MOI de la région parisienne sont fusillés au Mont-Valérien. Olga Bancic, seule femme, est transférée en Allemagne : elle est décapitée à Stuttgart le 10 mai 1944, le jour de ses 32 ans. Missak Manouchian et Celestino Alfonso refusent d’avoir les yeux bandés.

A ce moment de mon intervention je voulais faire part de mes regrets et de ceux des communistes qui espéraient voir entrer Missak Manouchian au Panthéon lors des cérémonies de mai 2015. Le fait d’avoir écarté de la reconnaissance de la Nation la résistance communiste n’est pas seulement une erreur historique. C’est une faute morale et politique. Il n’est nul besoin d’insister sur le lourd tribut payé par les communistes, combattants de la première heure contre l’occupant nazi.

Faudra-t-il bientôt supprimer des livres d’histoire la place de Rol Tanguy et Kriegel-Valrimont dans la libération de Paris ? Ou débaptiser le « Danielle Casanova » ainsi que les rues de nos villes qui portent le nom des résistants communistes fusillés, morts sous la torture ou dans les camps ? Ou interdire désormais aux enseignants de faire référence au sacrifice de Guy Moquet ?

La démarche est d’autant plus basse qu’à travers les communistes c’est la classe ouvrière que François Hollande a refusé de panthéoniser. Cette classe ouvrière dont Françoise Mauriac a écrit qu’elle avait été « seule fidèle dans sa masse à la Nation profanée ».

 

Et au sein des ouvriers résistants un autre oubli est tout aussi scandaleux : la M. O. I. ces « étrangers et nos frères pourtant » qui prirent leur part dans la libération de la France.

Missak Manouchian aurait mérité les honneurs de la République et de la France. Il est le symbole de tous ces immigrés qui sans avoir la nationalité française, se sont jetés dans la défense du pays. C'aurait été un beau symbole. Je pense que cette faute sera corrigée un jour.

Tout comme il est difficile d’entendre parler de « déchéance de la nationalité » quand on voit le sacrifice de ces combattants pour la liberté. Cette idée d’extrême-droite, mise en place par le gouvernement de Vichy, n’a pas sa place dans notre République !

Je ne pouvais pas intervenir ici, parler de Manouchian, sans condamner le refus de la Turquie de reconnaitre le génocide Arménien. C’est un pur scandale ! Comme le souligne l’historien Vincent Duclert « Le génocide arménien est à la Première Guerre mondiale ce que la solution finale nazie est à la seconde ». Le PCF, fidèle à son engagement et à ses valeurs, à celles que porta toute sa vie Missak Manouchian, continuera à œuvrer pour que la vérité et la justice soient rendues au peuple arménien car il s’agit de faire prévaloir le droit et la démocratie sur le négationnisme.

Pour conclure je reprendrai un vers du poème d’Aragon l’Affiche Rouge «  la justice viendra sur nos pas triomphants ».

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