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Hommage à Jean Jaurès : Discours de Jean-Michel Ruiz, secrétaire départemental du PCF95 ainsi que Marjorie Noël, maire adjointe de Bezons

Cérémonie Hommage Jaurès- 31 juillet 2014

Bezons

Intervention de Jean-Michel Ruiz

Chers amis, chers camarades,

C’est avec plaisir et émotion que nous nous retrouvons aujourd’hui pour rendre hommage à ce grand homme que fût Jean Jaurès.

Le choix de Bezons, ville à direction communiste depuis 1920, ville où l’émancipation humaine est mise au cœur du projet, n’est pas innocent.

Je remercie d’ailleurs les nombreux élus présents.

Il y a cent ans, au café du croissant à Paris et quelques jours avant la déclaration de guerre, Jean Jaurès succombait aux balles de Raoul Villain, un militant d’extrême-droite endoctriné par la propagande nationaliste et monarchiste. Jaurès avait fait des dernières années de sa vie un combat quotidien contre la funeste mécanique qui allait accoucher de la première guerre mondiale et de son monceau de cadavres. Son travail d’intellectuel, de député, de militant, de journaliste puis de directeur de l’Humanité à partir du mois d’Avril 1904, y était largement consacré. Il conjuguait l’ensemble de ses activités et de ses extraordinaires capacités intellectuelles pour combattre les logiques de guerre.

Pour nous, Jaurès reste le symbole de la lutte contre la guerre, contre les guerres. Quel regard porterait-il aujourd’hui sur ce gouvernement français qui reste de marbre face au massacre du peuple Palestinien privé de patrie ? Il serait, comme nous, scandalisé, écœuré.

La politique extérieure française menée depuis plusieurs années provoque chez tous les progressistes de fortes inquiétudes. L’inféodation de la politique extérieure française et européenne à l’OTAN, les guerres menées au nom d’objectifs flous sur le continent africain sans débat parlementaire ou les récentes déclarations présidentielles sur ce que l’on appelle vulgairement « le conflit israélo-palestinien » sont de lourds motifs d’inquiétude.  La voix de la France, jusqu’ici attendue par de nombreux peuples pour peser sur le règlement politique, diplomatique et pacifique des conflits, semble aujourd’hui s’éteindre doucement au fur et à mesure que la guerre économique prend de l’ampleur, laissant insidieusement place aux logiques de guerre. Pourtant, quelle nécessité est plus impérieuse aujourd’hui, dans le monde tel qu’il est, que de défendre la paix ?

Alors que la guerre est aux portes de l’Europe, en Ukraine, où s’affrontent de grandes puissances impérialistes sur fond de guerre économique pour le contrôle des ressources gazières et pétrolières et de montée d’un nationalisme agressif et autoritaire, hérité des heures sombres du siècle dernier.

En Palestine où un peuple entier est privé du plus élémentaire de ses droits de disposer de ses terres et de son Etat, au mépris du droit international. A Gaza, où pleuvent les bombes sur un peuple prisonnier et emmuré.

Une solution est pourtant possible pour qu’enfin, deux Etats puissent cohabiter en sécurité et que cesse la colonisation israélienne des terres et des ressources palestiniennes.

Mais aussi en Asie, en Irak, en Afrique, où les foyers de conflits s’embrasent. Dans ce monde de tension, le Traité de non prolifération des armes nucléaires et les missions de l’Agence internationale de l’énergie atomique doivent être scrupuleusement respectés.

Le monde, aujourd’hui, vacille. Le développement brutal d’un capitalisme de plus en plus financiarisé continue de porter cette nuée qui, pour reprendre les mots de Jaurès, menace de se transformer en un terrible orage.

Le capitalisme, entré dans une crise profonde, cherche un nouveau carburant, de nouveaux débouchés extérieurs au cœur des crises dans un contexte où l’austérité imposée réduit les demandes. Ce sont ces traités de libéralisation et de libre échange, dont les derniers avatars, sont des textes négociés dans le secret le plus total par les puissants comme le Traité transatlantique.

De plus, Jaurès avait déjà décrit cette lutte de classe, il y a fort longtemps. En 1885, il est d’ailleurs élu député à 26 ans, le plus jeune de la Chambre. Jaurès est un républicain sincère qui croit à la Raison, qui cherche à analyser les événements et qui va les vivre et les affronter avec courage et même courage physique

En 1892, il est scandalisé quand le propriétaire de la mine de Carmaux veut renvoyer un de ses ouvriers qui a été élu maire de Carmaux contre son gendre. Jaurès se lance dans cette grande  campagne de mobilisation pour obtenir la réintégration, fait le lien avec Paris, intervient dans la presse et gagne.

Il gagne d’ailleurs l’élection législative partielle qui suit immédiatement ce qui fut le premier affrontement de classe pour cet enfant de la République,  il est à nouveau élu lors des nouvelles élections générales de 1893.

A partir de cette date, il s’engage de plus en plus dans le camp du socialisme et de la classe ouvrière, il démultiplie son activité journalistique, est présent partout pour soutenir la cause de ceux qui travaillent.

Il est aussi un des principaux artisans de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, qui quoi qu’on en dise parfois, fonde aujourd’hui notre vivre ensemble, il sut là trouver la voie d’un compromis mais d’un compromis de progrès, une loi qui permette à tous de se retrouver dans le respect de la liberté de conscience et de la neutralité de l’état en matière religieuse.

Oui Jaurès avait le sens du compromis mais à l’inverse de ce que l’on peut entendre dans la voix de nos gouvernants, ce n’était pas pour accepter ou faire accepter des régressions sociales mais bien pour changer la société avec toujours cette visée progressiste chevillée au corps.

En 1910, il œuvre ainsi pour les retraites ouvrières premiers pas vers une sécurité sociale. S’il n’a jamais participé au pouvoir il a toujours pensé que les révolutionnaires devaient prendre toutes leurs responsabilités  mais à condition d’aller vers du mieux et non pour accepter les pires reculs au nom du réalisme et de l’impuissance politique. Ces réformes, il les rattache donc à un horizon, pour lui ce sont des réformes révolutionnaires qui préparent et introduisent même au sein du capitalisme des formes de socialisme, de communisme.

Mais Jaurès n’est pas qu’un parlementaire, il est aussi un journaliste engagé, de plus en plus engagé de la Dépêche du midi, de la petite République à l’Humanité qu’il fonde en 1904.

L’Humanité, son journal, notre journal, qu’il veut socialiste et indépendant et qui lui permettra d’intervenir dans tous les débats et surtout ceux de la paix et de la guerre.

Alors suffirait-il aujourd’hui de revenir à Jaurès ? Surement pas mais s’inspirer de sa pensée permettrait de réfléchir la gauche autrement.

Observons d’abord qu’à gauche, ils ne sont plus très nombreux ceux qui au parti socialiste s’en réclament. Le Président et le premier ministre n’en font pas leur principale référence, lui préférant Clémenceau mais le Clémenceau de la répression antisociale et du jusqu’au boutisme guerrier.

Pour les communistes, Jaurès reste une référence majeure :

Nous y voyons d’abord la morale en politique quand celle-ci est souvent disqualifiée aux yeux de nos concitoyens par les affaires Cahuzac, Sarkozy ou Bygmalion .

Nous y voyons le combattant pour la paix, comme je l’ai évoqué tout à l’heure, quand la guerre redevient le moyen d’assurer les intérêts impérialistes dans le monde.

Nous y voyons le champion de la justice sociale alors qu’aujourd’hui toute réforme est symbole de régression sociale comme ce scandaleux pacte de responsabilité…

Nous y voyons le militant de chaque instant jusqu’à mourir pour ses idées

Alors bien sûr, le monde d’aujourd’hui n’est plus celui de Jaurès. Mais nous avons besoin d’inscrire le combat pour l’émancipation humaine dans un récit et ce récit passe par la mémoire ineffaçable de Jaurès. Comme par celle de Thorez, mort il y a 50 ans, qui sut rassembler celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas autour d’un message fort : « Il vaut mieux  s'unir pour obtenir le bonheur sur la terre que de se disputer sur l'existence d'un paradis dans le ciel ».

Jaurès fut l'honneur de la gauche, l’honneur du socialisme et au moment où ces mots deviennent des gros mots, il faut les répéter sans relâche. Son courage et sa lucidité doivent, plus que jamais, nous inspirer. Nous les communistes, nous sommes les héritiers de Jaurès, les continuateurs de son œuvre !

 

Allocution Marjorie Noël

Bezons-31.07.2014

 

 

TAISEZ-VOUS ET LAISSEZ PARLER JAURES

 

Nous sommes réunis ce jour, le 31 juillet 2014, pour commémorer le centenaire de l’assassinat d’un grand homme politique, le 31 Juillet 1914, qui a compté et qui compte encore dans les valeurs de la gauche, du combat pour le socialisme, le communisme, l’émancipation du monde du travail, des peuples.

« Je ne suis pas un modéré, je suis avec vous un révolutionnaire." Oui, Jean Jaurès, ce militant de la civilisation humaine, cet infatigable défenseur de la paix et du progrès, était un révolutionnaire de son temps, avec son temps. Aux libres interprètes contemporains de gauche ou de droite voire d'extrême droite qui cherchent à l'enrôler, pour ne pas dire à l’usurper, nous disons aujourd’hui, cent ans après que les deux balles tirées à bout portant par Raoul Villain lui ait fauché la vie : « taisez vous et laissez parler Jaurès ». Pas une page qui ne dise en effet son ardent désir de libérer l’humanité. Dans notre France de 2014, Jaurès a fort à nous dire. Oui, laissons là les usurpateurs et écoutons cette voix forte, chaleureuse, généreuse d'un homme enraciné dans la réalité vivante du peuple et agissant sans relâche pour les valeurs universelles d'humanisme qui fondèrent le socialisme français.  

La guerre tue à Gaza, en Irak, en Syrie, en Lybie. La guerre, c’est pour préparer la paix, nous disent-ils encore. Mais la guerre appelle la guerre et toujours plus de barbarie. Où sont les leçons de Jaurès ? « Si chauvins de France et d’Allemagne réussissaient à jeter les deux nations l’une contre l’autre, la guerre s’accompagnerait de violences sauvages qui souilleraient pour des générations le regard et la mémoire des hommes ». La souillure est là. Mais Jaurès n’avait pas seulement alerté, il avait dit la cause : « tant que dans chaque nation, une classe restreinte d’hommes possèdera les grands moyens de production et d’échange (…), tant que cette classe pourra imposer aux sociétés qu’elle domine sa propre loi qui est la concurrence illimitée (…), il y aura des germes de guerre. »

Jean Jaurès n’a jamais renoncé. "J'espère encore malgré tout..."Jusque dans les derniers discours qu'il prononce, à quelques jours de la déclaration la guerre meurtrière, Jaurès affirme avec ardeur la force de l'optimisme qui a été le socle de son engagement. Un optimisme qui anime tous ses combats pour la paix, la justice et la liberté. Jaurès porte, face à l'adversité la plus féroce, son message avec conviction: "les capitalistes sentent, quoi qu'ils fassent, que l'avenir est leur ennemi". Il avait, comme nous devrions l'avoir, une confiance inébranlable en la force de l'humanité à se libérer d’un capitalisme qui l’entrave. "La peur resserre ; l'espérance dilate" disait-il. Le fatalisme, aujourd’hui érigé en doctrine d’Etat, ne faisait pas partie de son vocabulaire. Pour Jaurès, la solidarité humaine, le sentiment de justice, le désir d'émancipation ne sont pas des rêves stériles mais le moteur même de toute vie authentiquement humaine. Neuf millions de personnes vivant sous le seuil de la pauvreté quand les plus riches augmentent leur revenu de 20% en un an, la France cinquième puissance mondiale et championne d'Europe en nombre de millionnaires !  "Cherchez l'erreur " nous aurait dit Jaurès. Et il aurait, avec nous, chercher la solution.

Pour Jaurès, révolutionner la société, c’est sans cesse réformer. « L’évolution révolutionnaire », comme il l’écrira. Il est d’une grande constance sur cette question. Pour lui, il n'y a pas d'autre voie pour aller vers une révolution durable que des réformes déterminées avec et dans l'intérêt du peuple. Penser la révolution sans penser aux réformes possibles -ici et maintenant- c'est être paralysé. Réformer sans avoir l'idéal "toujours discernable en chacun de ses actes, en chacune de ses paroles" c'est être aveugle. Avec lui, nous refusons effectivement la paralysie et l’aveuglement.

Ceux qui maquillent leurs mesures de régression sociale et économique derrière les mots de Jaurès ne peuvent  faire illusion. La réforme exige une hauteur de vue à mille lieues du réformisme néo libéral d'aujourd'hui qui ne fait que mettre en œuvre ce qui est présenté comme inéluctable et sans alternative. Pour les gouvernements successifs la réforme n'est plus un choix qu'on incarne mais une obligation dictée par le Medef et les marchés qu'on met en forme. Reprendre le chemin de réformes sociales authentiques dans l’esprit de l’évolution révolutionnaire de Jaurès, c’est aujourd’hui la seule alternative à la barbarie soft qui nous est chaque jour imposée.

A l’inverse du détournement de sens actuel, Jaurès plaide pour le progrès permanent de la démocratie sociale et politique comme une seule même cause. Il le comprend très tôt. La République ne peut plus l’être à moitié, elle sera sociale ou ne sera pas vraiment la République.  

"Ce qui manque à la démocratie c'est la confiance en soi-même… » L’inébranlable optimisme de Jaurès c'était par un même mouvement, une confiance vissée au corps en la démocratie. Il croit à la politique pour le gouvernement du peuple par lui-même : « là où les partis n’existent pas, soit parce qu’un groupe en a tué un autre, soit parce que le pessimisme s’est emparé de l’esprit public, on court le risque que les oligarchies se substituent à la classe même au nom de laquelle elles gouvernent. » Le changement de la société :c’est l'affaire du peuple et des individus libres qui le composen,t martèle-t-il. A la fin de son histoire du socialisme Jaurès dit "créer la démocratie en la dépassant a été, durant un grand siècle tourmenté et fécond, l'œuvre de la classe ouvrière. Diriger la démocratie en la dépassant et l'obliger enfin à se hausser au socialisme, ce sera sa grande œuvre de demain." Voilà encore une clé pour aujourd’hui.

Toute sa vie durant, il creusera les chemins possibles, concrets d’une conquête de la propriété et de la coopération sociales : « le jour où dans la société transformée tous les hommes seront propriétaires associés ; le jour où par une série de transformations légales les salariés et prolétaires d’aujourd’hui seront avec tous les individus de la société des coopérants … », déclare-t-il dans un célèbre discours prononcé en Amérique latine.

Là encore, il traque la guerre, celle qui fait du « tous contre tous » la logique du système. « Messieurs, il n’y a qu’un moyen d’abolir enfin la guerre entre les peuples, c’est d’abolir la guerre entre les individus, c’est d’abolir la guerre économique, le désordre de la société présente, c’est de substituer à la lutte universelle pour la vie (…) un régime de concorde sociale et d’unité ».

Et lui ne se trompe pas d’adversaire. Il dénonce « le capitalisme international qui va chercher la main d’œuvre sur les marchés où elle est la plus avilie (…) , pour amener partout dans le monde des salaires au niveau des pays où ils sont les plus bas ». Il plaide pour « la communauté universel du droit social », où « toutes les nations apprendront à respecter chez l’étranger un homme et un frère. » Il appelle le 28 juin 1914, un mois avant la guerre, à « assurer un salaire minimum aux travailleurs étrangers ou français de façon à prévenir l’effet déprimant de concurrence » et à «  protéger les ouvriers étrangers contre l’arbitraire administratif et policier pour qu’ils puissent s’organiser avec leurs camarades de France et lutter solidairement avec eux sans crainte d’expulsions ».

Voilà pour ceux qui parlent de Jaurès pour mieux étouffer sa voix. Ne les laissons pas faire ! En ces temps de nouveau troublés, où le doute est cultivé sur les valeurs héritées du siècle des Lumières et de la révolution française, en ces temps où liberté, égalité, fraternité sont tenues pour des mots sans effets, en ces temps où l’extrême droite distille son venin réactionnaire, nous devons agir dans les pas de Jaurès pour mettre fin à la guerre économique, pour promouvoir la coopération entre tous et chacun. Sinon, aujourd’hui comme hier, ainsi que le disait Jaurès, dans cette nuée dormante se développe l’orage des politiques agressives et destructrices de demain. « On ne pourra relever la patrie, relever l'Europe, qu'en abaissant le capitalisme »,  Jaurès avait raison ! 

Son cri est d’abord un cri de liberté. "Le but c’est l’affranchissement de tous les individus humains. Le but c’est l’individu.» Il est patriote mais pour lui « la patrie n’est pas un absolu, elle est un moyen de liberté et de justice. ». Pour Jaurès, l’individu est la fin suprême. La liberté est la valeur absolue du socialisme. Contre l’égoïsme réactionnaire et asservissant des capitalistes de l’époque il défend l’égoïsme égalitaire et universel des prolétaires. Il veut des citoyens « copropriétaires des moyens de production », et c’est ainsi, écrit-il, que « toute la nation sera comme une immense assemblée possédante et dirigeante ».

Jaurès, c’est l’optimisme. Et notre chemin face à tous ceux qui nous veulent que nous courbions l’échine, et répandent à dessein le pessimisme jusqu’au plus profond du cœur de la nation. La peur : voilà l’arme des nouvelles oligarchies. La peur : voilà le grand ennemi de l’immense majorité que nous sommes. A nous de suivre aujourd’hui Jaurès pour que la peur change de camp, pour avancer en faisant nôtre, en ce jour symbolique, la devise de Jaurès « ni haine, ni renoncement ! ».

Pour nous, les héritiers de Jaurès  et de Babeuf, qu’il nommait lui-même « notre  grand communiste », l’égalité et le partage sont l’essence de notre combat d’aujourd’hui, l’issue pour sortir de la crise, pour construire une société du bien commun. N’attendons pas pour être heureux !

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